Skip to main content

Tu fais une putain de cible, couche-toi !

Auteur(s) : Alexandre Duyck

Objectif Daesh. Poussière, désert, chaleur accablante… À Djibouti, dans la Corne de l’Afrique, les troupes d’élite de l’armée française se préparent à affronter les djihadistes en Irak ou en Syrie. Ils multiplient les missions en conditions réelles et forment même les Marines américains ! En exclusivité, GQ a passé une semaine entre les bombes et les rafales de tirs.


  • Année de parution : 2016

  • Media : GQ
  • Photo(s) : Luca Locatelli
  • Année de parution : 2016

Extrait

Il fait jour depuis peu quand la radio du poste de commandement avancé reçoit l’appel au secours.
 » Ici 13, ici 13 !
– 13 ?, 13, parlez !!!, a répondu le capitaine.
– Ici 13, je confirme. Je viens de passer sur un IED. Demande médicalisation des blessés la plus rapide possible et maintien de la mission. »
L’IED est l’ennemi que redoutent tous les militaires engagés contre les djihadistes à travers le monde. IED pour  » Improvised Explosive Device  » (engin explosif improvisé, en français). Une arme redoutable, cachée, souvent indétectable, bricolée à la va-vite dans un garage, un petit atelier ou au contraire plus sophistiquée. Rouler dessus, même à l’intérieur d’un véhicule blindé, c’est très souvent risquer de mourir. Ce matin, l’explosion de l’IED a blessé grièvement deux hommes. Deux militaires français. L’un est touché au thorax, l’autre à une jambe. Ils gisent quelque part, dans les montagnes, à l’approche d’un col que l’armée tente de reprendre aux djihadistes.
Saint-cyrien âgé de 30 ans, le capitaine Paul-Henri reprend la radio.  » Jaguar 2, maintien appui devant et évacuation des blessés par hélicoptères. En avant sur les blessés !  » Les deux victimes de l’attaque sont allongées sur le sol par leurs camarades. Ça pisse le sang, le genou de l’un est explosé, l’autre saigne du ventre, chairs à vif, uniformes découpés aux ciseaux à la hâte, ordres hurlés, trousse de premier secours immédiatement ouverte, garrots déjà noués et premières piqûres injectées pour éviter les infections. Mais les blessures sont trop graves pour être soignées en plein cagnard, au milieu de ces montagnes dépourvues d’ombre, dans la poussière et les roches ocre et sous les tirs ennemis incessants. L’évacuation vers l’hôpital militaire le plus proche s’impose. Les deux blessés sont français mais ce sont des Américains, aux côtés desquels ils mènent l’opération, qui vont les secourir à l’aide de deux hélicoptères prêts à décoller…